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Les raisons économiques de préserver la biodiversité

par Marion Truchon, Pays des Rives de Garonne


Acteurs politiques
Lieu : Colloque
Domaines : Biodiversité,


S’il fallait aussi des raisons sonnantes et trébuchantes pour sauvegarder la biodiversité, en voici quelques unes.

Remarque : la présentation ci-dessous intitulée « les raisons économiques de préserver la biodiversité » est basée sur deux rapports :
- http://www.senat.fr/rap/r07-131/r07... (Troisième partie :valoriser durablement la biodiversité -I. la valorisation des services écologiques -A. des services diversifiés)
- Le point sur « l’évaluation économique des services rendus par les zones humides, un préalable à leur préservation » n° 62 Septembre 2010-Commissariat Général au Développement Durable

Depuis plusieurs années, des discours des écologistes, chercheurs et des personnes initiées sont entendus pour préserver l’environnement, notamment la biodiversité. Personne ne s’oppose à ce message de préservation de la biodiversité sans pour autant en être convaincu. Il s’agit d’une notion difficile à appréhender en raison de son manque de visibilité dans la vie quotidienne. Pour remédier à ce problème, une évaluation économique des services rendus par les écosystèmes permet de visualiser l’importance de la biodiversité.

Lors de cette approche économique de la biodiversité, il sera présenté :
-  Les différents types de services rendus qui permettent d’évaluer la biodiversité
-  L’application de ses services dans une boucle locale vertueuse de préservation de la biodiversité
-  L’estimation économique des services rendus par une zone humide et son application sur la vallée du Ciron

 1. Les différents types de services

a. Services agronomiques qui ont un rôle de :

- Facteur de productivité grâce à la pollinisation (assurant 80% de la survie des différentes espèces de fleurs et 35% de la production végétale de l’homme) et l’enrichissement des sols. Cependant, les pesticides et l’introduction d’espèces comme le frelon asiatique sont des menaces pour les apidés. De même, une exploitation intensive des sols (souvent en monoculture) appauvrit grandement ceux-ci.
- Facteur de dépollution : l’accroissement de la biodiversité favorise la baisse de nitrate dans le sol.
- Facteur d’adaptation : l’accroissement de la biodiversité augmente la capacité d’adaptation aux changements de l’environnement, notamment ceux climatiques.
- Facteur de résistance : l’accroissement de la biodiversité favorise la mise en place des mécanismes de limitation des ravageurs (ex : introduction de feuillus dans les forêts de conifères, maintien des zones bocagères selon des études de l’INRA)

b. Services hydrologiques

  • Facteur de prévention des risques :
    • de crue grâce aux zones humides que sont les marais et les zones bocagères
    • de sécheresse en raison de zones humides (ex : les zones bocagères) soutenant le niveau d’étiage des cours d’eau
  • Facteur de dépollution : les micro-organismes retiennent et éliminent les nitrates.
  • Facteur dans la distribution de l’eau (rôle des forêts, talus…)

c. Services sanitaires

Les écosystèmes ont la capacité de contenir des pathologies graves pour l’Homme comme la leishmaniose. Ces services sanitaires sont plus importants dans les zones tropicales et équatoriales que dans celles tempérées puisque les agents pathogènes y sont 300 fois plus nombreux. Seulement, la valeur de ce rôle n’est souvent connue qu’après la destruction des écosystèmes. Avec le réchauffement climatique cette fonction d’inhibition va devenir de plus en plus importante.

De ces services agronomiques et hydrologiques, il est issu l’ingénierie écologique utilisant les procédés naturels observés moins agressifs pour l’environnement. Certains d’entre eux sont de plus en plus connus comme les dépollutions de cours d’eau. D’autres procédés commencent à se vulgariser comme les restaurations écologiques de berges qui se substituent au génie civil. Plus coûteux à l’investissement, sa rentabilité apparaît à long terme car, en respectant son environnement, ces berges ainsi restaurée demandent moins d’entretien et moins de travaux de réparation, voir de remplacement. De plus, la plus value paysagère est importante.

Enfin, l’ensemble des services rendus par les divers écosystèmes a été estimé à 33 milliards d’euros pour un PIB mondial de 35 milliards d’euros en 1995. Cette estimation, bien que controversée car la biodiversité rentre difficilement dans un système de valeurs économiques, permet de mettre en valeur son importance dans notre économie.

 2. Application de ses services dans une boucle vertueuse locale

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Exemple pour le cas du Ciron
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Ce schéma met en valeur l’impact de deux actions relativement faciles à mettre en œuvre ce qui permet aux viticulteurs de diminuer leur coût de production et de préserver le Ciron et la Garonne qui sont deux écosystèmes dont dépend la production du Sauternes.

 3. Estimation économique des services rendus par une zone humide

En dépit des nombreux services rendus par les zones humides, les deux tiers ont été détruits en 30 ans. Face à ce constat, « le Grenelle de l’environnement prévoit l’acquisition par la puissance publique de 20 000 hectares de zones humides d’ici 2015 afin de les préserver. Rapportés aux 20 000 ha à acquérir, les bénéfices correspondants s’élèveraient, en actualisant sur 50 ans, entre 400 et 1 400 M€ » . Ils sont largement supérieurs aux 200 à 300 M€ sur 50 ans de coût d’acquisition et d’entretien.

En raison de la valeur du Ciron, une évaluation économie de cette zone humide a été réalisée sur la base de 15 études françaises. Ces études sont basées sur la grande majorité des différents types de zones humides de la France métropolitaine mais non sur l’ensemble des services rendus par les zones humides. Elles prennent surtout en compte la valeur sociale (usage récréatif, biodiversité) et peu les services écologiques.

a. Récapitulatif des fonctions et des services rendus par une zone humide

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Catégories et exemples de fonctions et services rendus par les zones humides

Source : MEEDDM/CGDD/SEEIDD, juin 2010
Réalisation : Le point sur n° 62 septembre 2010

b. Estimation économique des principaux services

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Valeurs des principaux services rendus par les zones humides, sur la base de 15 études françaises en euros2008/ha/an

() : le chiffre entre parenthèses indique le nombre d’études ayant permis d’aboutir à cette fourchette ** : étant donné la grande variabilité de l’évaluation du service de l’épuration de l’eau le choix a été fait ici de substituer à la fourchette de valeurs, la valeur moyenne de 272 € de la méta-analyse de Brander & al. [1]

Source :MEEDDM/CGDD/SEEIDD, juin 2010
Réalisation : Le point sur n° 62 septembre 2010

Ces estimations financières nécessitent d’attribuer au préalable une valeur. Il existe deux types de valeur :
-  La valeur d’usage où le service est considéré comme un facteur de production direct (ex : production de bois ou de denrées alimentaires) ou indirect (ex : épuration de l’eau, formation des sols)
-  La valeur de non usage attribué par la propriété/ qualité en soit : valeur d’existence (valeur accordée au fait de savoir que quelque chose existe sans envisager pour autant d’en faire usage ) et valeur de legs (valeur que l’on attribue au fait de pouvoir laisser un environnement naturel en bon état aux générations futures)

Selon la fiche Natura 2000, la vallée du Ciron s’étend sur 3637 hectares (données d’octobre 1998) ce qui représente une estimation de 2 364 050 euros à 51 499 920 euros. La variabilité des résultats dépend de la densité de population bénéficiant du service. En effet, selon la même logique que celle de l’offre et de la demande, plus un écosystème est sollicité par une population dense plus son coût est élevé.

Conclusion :

L’analyse de la biodiversité à travers le prisme économique peut paraître restrictive mais elle permet de l’intégrer dans le système économique actuel. Ainsi, en lui donnant une valeur marchande, il est plus facile de justifier de la préservation des divers écosystèmes, notamment des écosystèmes communs mais à haute valeur de part leurs services rendus. Néanmoins, ces estimations ne sont que des outils dont les limites sont à prendre en compte. De plus, il faut être vigilant aux dérives possibles tels que la justification de la destruction des écosystèmes dégradés (donc aux services plus limités) sur les bords des zones urbanisées pour continuer l’urbanisation.

[1] Le point sur n°62 septembre 2010 page 1



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date de publication : 27 juin 2011,
date de dernière mise à jour : 11 juillet 2011

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